Témoignages
René Rault : depuis qu'elle a une place en ESAT, ma fille Margareth est heureuse !
René Rault, ancien gendarme maritime , est le père de Margareth, la plus jeune d'une fratrie de quatre enfants. Aujourd'hui, elle fréquente l'ESAT de Beaumont-Hague. Elle avait 3 ans lorsque ses parents ont réalisé qu'elle était trisomique. "On voyait bien qu'elle avait des difficultés à avaler et une fragilité pulmonaire, des symptômes courants chez les trisomiques mais cela nous l'avons appris plus tard ! Notre médecin ne nous avait rien dit, il pensait que nous avions compris dès le début... A cette époque ce n'était pas comme maintenant où l'on détecte la trisomie très vite et surtout où l'on en parle ouvertement, sans craintes !" Le choc passé, René et son épouse pensent à l'avenir de leur fille. Comment vont-ils l'occuper ? Installés dans le région cherbourgeoise, ils trouvent une place en I.M.E., dans une petite section des Papillons blancs à Sideville. Elle a 6 ans. Ensuite elle est dirigée vers le centre Jean Itard à la Glacerie, où elle reste jusqu'à 20 ans, l'âge limite pour les I.M.E. Commence alors la recherche d'une place en ESAT "impossible d'en trouver, ils sont tous engorgés !". Margareth intègre une structure intermédiaire "mais cela ne lui convenait pas". Son cas n'est pas isolé. Un groupe de parents aimerait faire les démarches pour ouvrir un ESAT. Sous l'impulsion de l'A.C.T.P, qui gère déjà un atelier protégé, en 1999, l'ESAT Jacques Prévert ouvre ses portes. Vingt adultes y sont accueillis dont Margareth.
"Son arrivée à l'ESAT lui a permis de s'épanouir. Elle est heureuse, elle travaille, a un lien social. Nous sommes rassurés de la voir ici."
Et René Rault d'ajouter avec une sincérité évidente : "l'équipe éducative est formidable, la direction également. Ils sont accessibles à tous, ils sont ouverts, ils savent arrondir les angles. La structure n'est pas trop grande alors tout le monde se connaît, les parents connaissent les enfants des autres, c'est du tonnerre !" . Pour l'instant Margareth vit chez ses parents. Bien sûr son père pense au jour où elle aura atteint l'âge de la retraite ... "Il y a peu d'établissements pour recevoir les personnes comme elle, simplement des maisons de retraite traditionnelles, mais ce n'est pas facile pour les autres d'accepter les différences !" Malgré son âge, "j'ai plus de 85 ans je ne suis plus tout jeune", René Rault reste vaillant et actif. Il continuera jusqu'au bout à oeuvrer pour obtenir des places d'ESAT, pour créer des établissements de retraite pour personnes handicapées...
Estelle travaille à l'ESAT de St James
"Je suis entrée à l'ESAT en 2000. Lorsque l'on m'a appris que j'avais une place j'étais super contente ! cela faisait dix ans que je galérais... Après le primaire je suis allée au collège mais cela ne marchait pas, alors je suis allée dans un lycée professionnel pour apprendre la couture mais ça ne me plaisait pas. C'est à ce moment là que je me suis aperçue que j'avais des problèmes de motricité. J'ai fait mon dossier pour la MDPH. J'ai attendu un an avant d'être reconnue. Après j'ai fait une mise à niveau, j'ai passé mon certificat , je l'ai eu. Puis les emplois temporaires et les périodes de chômage se sont enchaînés. Mon objectif à ce moment là, c'était de trouver quelque chose dans le milieu ordinaire de travail, mais je ne trouvais rien. Un jour, je suis allée voir "Handicap et emploi" où l'on m'a parlé des ESAT. J'ai écrit à Saint-James, j'ai fait des stages et puis une place s'est libérée suite à un départ en retraite ; on me l'a proposée, c'était formidable ! Cela fait plusieurs années que je suis à l'ESAT. J'ai été embauchée comme lingère, mais l'atelier a fermé alors aujourd'hui je fais du pointage de présence au self et de l'entretien de bureaux. Lorsque je suis arrivée ici je commençais à déprimer, je n'avais pas confiance en moi, maintenant ce n'est plus le cas ! J'ai même des responsabilités, j'assiste aux réunions de la vie sociale, je suis déléguée de l'atelier de sous-traitance et Présidente du Conseil de la Vie Sociale pour les usagers.Avec un autre collègue, je siège au Conseil d'Administration de l'établissement, je représente les travailleurs."
A Lessay, entre Florette et les ESAT : un partenariat réussi et qui perdure !
Leader européen des végétaux frais prêts à l'emploi, le groupe Florette a toujours contribué à favoriser l'intégration des personnes handicapées. Cette volonté est celle du fondateur, qui souhaitait les intégrer dans le travail quotidien de l'entreprise. Pour concrétiser cette idée un partenariat a été établi avec les ESAT du centre Manche et notamment celui de Carentan. La première expérience a eu lieu en 1984. "Au début ils étaient une dizaine de travailleurs avec un éducateur. On leur avait fourni un local où ils triaient les radis, épluchaient et coupaient les poireaux, les oignons, etc., ils avaient trois ou quatre activités d'épluchage. Ensuite lorsque l'atelier Manon a été créé, ils l'ont rejoint" explique Maryse Soinard responsable de l'atelier. Aujourd'hui vingt deux personnes de l'ESAT de Carentan travaillent en permanence sur le site de Lessay. Elles sont encadrées par deux éducateurs. Une personne est dévolue à l'entretien des vitrines, une autre à celui des pelouses, des bordures. Les autres sont en poste dans l'atelier Manon au traitement des légumes. Elles épluchent, lavent, conditionnement persil, poireaux et oignons. En cas de besoin ponctuel elles interviennent en soutien sur les produits tels que le poivron, le céleri, la carotte. Une personne est détachée à l'entretien des locaux de l'atelier, toute la journée elle veille a ce que bureaux et sanitaires soient propres.
Pour parvenir à cette cohérence les deux parties ont travaillé ensemble : "avec les éducateurs nous avons cerné la finalité de ce que nous souhaitions les uns et les autres. Il fallait qu'ils connaissent nos besoins au plan qualitatif et quantitatif pour planifier le travail afin de répondre à nos demandes tant en terme de qualité que de délai, ce qui a été fait avec efficacité". Mais Maryse Soinard tient à améliorer toujours cette collaboration. Avec les éducateurs elle étudie toutes possibilités, observe pour détecter les besoins de chacun, pour mettre à jour des opportunités qui pourraient déboucher sur de nouvelles activités. Chez Florette, avec cette volonté affichée, l'intégration de la personne handicapée a de beaux jours devant elle !